La numérotation des chaînes est redevenue un sujet politique en France. Le 20 octobre 2026, l’ACCeS, l’association qui regroupe les chaînes thématiques du câble et du satellite, a saisi l’Arcom au sujet du nouveau plan de services de Free. Motif : depuis la refonte entrée en vigueur le 25 août 2026, plusieurs chaînes conventionnées se retrouvent loin derrière des chaînes gratuites financées par la publicité, et les premières données d’audience montrent un recul net.

Le sujet paraît technique. Il ne l’est pas : la place d’une chaîne dans la liste détermine en grande partie le nombre de personnes qui la regardent.
Ce que la numérotation des chaînes de Free a changé
Free a remplacé la liste numérotée classique par des « univers » thématiques. Selon la description faite par l’ACCeS et reprise par la presse spécialisée, la nouvelle numérotation des chaînes place en tête de plusieurs univers des chaînes FAST, c’est-à-dire des chaînes 100 % numériques, gratuites et financées par la publicité.
- Dans l’univers Cinéma / Séries, les treize premières positions sont occupées par des chaînes numériques gratuites.
- Dans l’univers Divertissement, 37 chaînes gratuites apparaissent avant les chaînes incluses dans les abonnements.
- L’univers Découverte, jusque-là clairement identifié, a disparu, ce qui disperse les chaînes documentaires dans le reste du plan de services.
Autrement dit, la logique a changé de nature. L’ancienne numérotation des chaînes reposait sur un ordre stable, appris par cœur par les téléspectateurs. La nouvelle repose sur un classement éditorialisé par l’opérateur à l’intérieur de chaque univers.
Le chiffre qui a déclenché la saisine
L’ACCeS ne s’appuie pas seulement sur un principe. Elle a demandé à Médiamétrie des premières mesures, et c’est le résultat qui a motivé la procédure : les chaînes reculées dans la numérotation des chaînes ont perdu en moyenne 22 % de leur couverture mensuelle en septembre 2026 par rapport à septembre 2025, sur l’ensemble des abonnés Free âgés de 4 ans et plus.
Deux précisions honnêtes s’imposent. D’abord, il s’agit de données précoces, portant sur un mois, et la couverture mensuelle n’est pas la même chose que la part d’audience. Ensuite, un recul peut avoir plusieurs causes simultanées. Mais l’ordre de grandeur est suffisamment large pour expliquer pourquoi une association professionnelle décide d’agir plutôt que d’attendre.
Ce que l’ACCeS demande à l’Arcom
La saisine s’appuie sur deux articles de la loi du 30 septembre 1986 : l’article 3-1, qui impose que la numérotation des chaînes soit équitable, transparente, homogène et non discriminatoire, et l’article 17-1, qui permet de porter devant le régulateur un différend sur la présentation des offres.
Sur le fond, l’association demande à l’Arcom :
- de considérer que les chaînes conventionnées ne sont pas des chaînes FAST, parce qu’elles portent des obligations éditoriales, des obligations de protection des publics et, selon leur régime, des obligations de diffusion et de financement de la création ;
- que ces différences soient prises en compte dans les décisions d’exposition, donc dans la numérotation des chaînes ;
- de rétablir une rubrique « Découverte » identifiable ;
- d’examiner le dossier rapidement, et d’inviter Free à ouvrir des discussions avec les éditeurs.
L’ACCeS ajoute un argument prospectif : si le rachat de SFR aboutit et qu’une partie de ses abonnés basculent chez Free, l’effet de la nouvelle numérotation des chaînes porterait sur un parc beaucoup plus large.
Pourquoi la visibilité se transforme en budget
Le raisonnement de l’association tient en une chaîne de conséquences. Moins de visibilité dans la numérotation des chaînes signifie moins de couverture ; moins de couverture signifie moins de recettes publicitaires et une position affaiblie dans les négociations de distribution ; et ces recettes financent les programmes. Pour des chaînes déjà confrontées à la fragmentation de l’audience, le mécanisme est cumulatif.
C’est aussi la raison pour laquelle le régulateur s’intéresse à ce type de dossier : la numérotation n’est pas qu’un confort d’usage, c’est un levier économique.
Ce que ça change pour vous, concrètement
Si vous êtes abonné Free et que vous avez eu l’impression de perdre des chaînes depuis la fin août, vous n’avez rien perdu : elles ont changé de place. Quelques réflexes utiles en attendant la décision de l’Arcom :
- Utilisez la recherche plutôt que de faire défiler la liste. Taper le nom de la chaîne est presque toujours plus rapide que de retrouver son nouveau numéro.
- Constituez une liste de favoris. La plupart des box, y compris celles de Free, permettent d’enregistrer une sélection de chaînes dans l’ordre que vous choisissez — ce qui rend la numérotation des chaînes de l’opérateur beaucoup moins contraignante.
- Vérifiez ce que contient réellement votre abonnement. Les chaînes FAST placées en tête d’univers sont gratuites ; leur position élevée ne signifie pas qu’elles remplacent une chaîne incluse qui aurait disparu.
- Notez les changements si vous enregistrez des programmes : un décalage de numérotation peut perturber des enregistrements programmés à l’avance.
Numérotation des chaînes : le fond du débat
Ce dossier illustre une bascule plus générale. Pendant trente ans, l’ordre des chaînes était une donnée quasi réglementaire, presque un bien commun. Avec la montée des chaînes FAST et des interfaces d’opérateurs, cet ordre devient un espace commercial que chacun organise selon ses propres intérêts — et la numérotation des chaînes se retrouve arbitrée au cas par cas par le régulateur.
Pour le téléspectateur, la conséquence pratique est simple : l’ordre imposé par une box compte de moins en moins, et la façon dont vous organisez vous-même vos chaînes compte de plus en plus. C’est vrai sur une box d’opérateur, et c’est vrai sur un téléviseur connecté ou un boîtier externe, où vous choisissez vos applications et vos listes.
Si vous voulez reprendre la main sur cette organisation, nos guides installation sur Smart TV et installation sur Android expliquent comment configurer un service de télévision par internet sur le matériel que vous utilisez déjà, et comment utiliser l’IPTV reprend les bases.
KenoIPTV est un service payant d’IPTV. Cet article rend compte d’une procédure en cours devant l’Arcom et ne constitue ni un avis juridique ni une promesse sur le contenu de nos offres ; les détails de ce que nous proposons figurent sur la page nos abonnements.
Sources
- Numérotation des chaînes : l’ACCeS saisit l’Arcom contre le nouveau plan de services de Free — TéléSatellite, 21 octobre 2026
- L’ACCeS saisit l’Arcom après la renumérotation des chaînes chez Free — Écran Total, 20 octobre 2026



